Culture

HAROUN, SUR SCÈNE EN DÉCEMBRE À ORLÉANS

Tête de premier de la classe et sourire en coin, Haroun lève le doigt avant de vanner. Sans vulgarité, ni violence, juste des vérités qui tapent là où ça fait rire. Un spectacle sans concession où l’humour est une arme de réflexion massive. Reconnu pour son écriture acérée, sa justesse et ses analyses fines, Haroun renouvelle l’art du stand-up. Il sera sur scène le 1er décembre à l’espace Béraire à La Chapelle Saint-Mesmin. À cette occasion, il a accepté de répondre à nos questions. 

Haroun, vous avez 35 ans, vous avez grandi dans le 91 en banlieue parisienne, vous avez fait une école de commerce. Vous avez été danseur free style. Vous aimez les mots, les sujets sociétaux, la politique. Vous avez fait un tour au Jamel Comedy Club, à la TV chez Ardisson et aussi Michel Drucker. Comment on en arrive au stand up ? 

J’étais passionné d’humour depuis tout petit. Tout ce que j’ai fait autour était de la découverte mais j’ai toujours eu l’humour en tête. C’était tout d’abord amateur et puis au fur et à mesure je suis devenu professionnel. Le stand up est venu par la simplicité matérielle que ça procure parce que quand on veut jouer partout et facilement, ça permet d’être très mobile et d’avoir juste un micro et une enceinte. C’est un peu venu par praticité, mais l’humour était déjà une passion à la base. 

 

Haroun c’est 4 spectacles. Vous serez le 1er décembre à la Chapelle Saint Mesmin. Pouvez-vous nous en dire un peu plus ?

Celui-ci je le joue sur scène depuis 4 ans. J’ai commencé au Théâtre Edouard VII à Paris et maintenant en tournée dans toute la France. Entre, j’ai écrit d’autres spectacles, disons éphémères que j’ai joué une seule fois et que j’ai mis directement en ligne. 

Disons que ce spectacle, c’est une digression entre plusieurs sujets de société. D’ailleurs je parle quasiment que de sujet de société. Je passe d’un sujet à l’autre. C’est à la fois des questions que je me pose et à la fois des réflexions sur : l’écologie, le terrorisme, l’éducation, le racisme en politique… Disons que ce sont des sujets actuels et je les modifie régulièrement parce que l’actualité les nourrit.

Vos références sont Coluche, Desproges, Les Inconnus… Vous parler aussi des mots et de leur justesse, de l’écriture. Vous parlez d’esthétique. Considérez-vous l’humour et le stand up comme un art ? 

Euh non [rires] ! Enfin, je pense qu’il y a peut-être des gens qui le voient comme un art. Je considère que je suis plus un artisan parce qu’il y a quand même un devoir d’efficacité du rire et c’est ça qui le diffère de l’art. Par exemple, un artisan quand il fait un escalier aussi beau soit-il, il faut qu’il soit fonctionnel. Un artiste qui fait un escalier il peut l’exposer dans un musée, personne ne montera jamais dessus et ça ne sera pas très grave. Nous on fait de l’artisanat et avant tout, on fait rire, donc il n’y a qu’une seule émotion sur laquelle on peut jouer. Je préfère rester à ce statut, parce que ça reste des blagues, tout simplement !

Vous traitez avec humour de sujets politiques et parfois polémiques : vous considérez-vous comme un artisan // humoriste engagé ?

Non plus [rires]. Je ne me sens pas engagé ! Je souhaite relativiser ce que je fais, encore une fois c’est de l’humour et je me cache un peu derrière ça. D’ailleurs, je le dis dans mon spectacle : “je fais de l’humour parce que je suis faible. Et si les gens ne sont pas contents, je peux dire… bah je rigole !”. J’ai pas tellement peur de quoi que ce soit quand j’écris mes blagues. La seule crainte qu’on peut avoir aujourd’hui c’est qu’il y ait des gens qui gueulent sur les réseaux sociaux mais ce n’est même pas révélateur de la population. Je fais des blagues et je dénonce des choses que je pense. En fait, si tout le monde était d’accord avec moi, je pense que je dirai l’inverse ! J’aime bien taper sur la gauche, taper sur la droit, sur des anti-racistes, comme des racistes, j’ai pas vraiment d’engagement concret.  

L’humour “sarcastico-gentil”, cela vous définit bien ?

Oui, étant donné ce que je viens de dire, parce que je me moque d’un peu tout le monde, mais au final je n’incrimine personne. Peut-être que ça changera pour le prochain spectacle. Je reste quand même bienveillant et j’essaye au maximum de faire de l’autodérision. L’humour a une forme de puissance non négligeable. L’humour reste une sorte de mini pouvoir où il y a la possibilité de s’exprimer,  d’être écouté et ça c’est tout de même très précieux.

Tel un artiste de rue 2.0 on pourrait dire que vous “urbanisez” internet. Pouvez-vous nous en dire un peu plus ?

Oui, j’aime bien cette comparaison “urbaniser internet” parce qu’il en a bien besoin. C’est une inspiration qui me vient du logiciel libre et de la lutte contre les grands monopoles, tels que les GAFA… C’est peut-être mon seul engagement en fait ! L’idée c’est de libérer l’humour, la culture… Parce que je suis de ceux qui considèrent que la culture doit être la moins chère possible et que les gens qui la consomme doivent se sentir responsables de comment ils consomment. Je préfère que les gens me donnent ce qu’ils veulent et leur dire que s’ils ne donnent pas j’arrêterais plutôt que de les obliger à donner parce qu’il y des gens qui n’ont pas forcément les moyens de payer… mais je préfère qu’ils y aient accès. La scène ouverte, les artistes de rue utilisent ce fonctionnement. S’il est intégré par la société, alors ce pourrait être une solution à consommer de la culture de manière différente. En fait, ça m’agace que la culture devienne un marché comme un autre, tel du marketing ou de la consommation pure et dure. J’ai envie que la culture soit plus libérée. Et nous humoristes, ont vit de la scène, on ne vit pas de DVD. Vendre une œuvre très cher, je ne trouve pas ça tout à fait juste. 

La scène, la télé, la radio… Quels sont vos projets futurs ? 

L’écriture du prochain est en effet en cours et puis j’aimerais bien sortir un livre issu d’une référence que je fais dans le spectacle actuel. C’est en cours d’écriture. 

Vos derniers coups de cœur culturels : 

Un son : “Corps” d’Yseult

Un film : Les Misérables

Une série : Westworld

Un livre : La vie devant soi de Romain Gary

Une citation : “ Un philosophe a dit un jour : l’abruti adore citer les philosophes”

Une blague : un Kangourou entre dans un bar à Paris. Il commande un demi. Le serveur halluciné lui sert. Le serveur « ça fera 6 euros et si je peux me permettre, c’est exceptionnel de voir un kangourou boire une bière ici.” Le kangourou : “ C’est normal. À 6 euros le demi ! « 

Informations : 

> Date : mardi 1er décembre 2020 à 20h30

> Espace Béraire, La Chapelle Saint-Mesmin

 > Billetterie 

 

Découvrir l’interview d’Alex Lutz, sur scène au CADO du 5 au 8 novembre !