Culture

Conservatoire d’Orléans, Didier Girauldon est le nouveau directeur de la filière Théâtre

Didier Girauldon, professeur d’Enseignement Artistique et Coordinateur du Département Art Dramatique au Conservatoire d’Orléans depuis octobre 2020,  également comédien et metteur en scène, nous parle de ses nouvelles missions au sein du conservatoire, de ses projets et de sa vision de la pédagogie.

 

Des formations transversales et adaptées à chacun

 Est-ce que vous pouvez nous parler de vos nouvelles missions au conservatoire et des différentes formations qui existent ?

Je connais assez bien le conservatoire d’Orléans car j’y suis intervenu régulièrement depuis 2012. Mon arrivée à la coordination du Département Théâtre est grandement facilitée par des équipes pédagogique et de direction compétentes et à l’écoute, et je peux ainsi prendre le temps de découvrir en détail ce qui avait été mis en place par le précédent responsable de la section, Fabrice Pruvost, et travailler sereinement à la préfiguration d’évolutions. L’idée n’est pas d’effectuer des changements radicaux mais plutôt de conserver ce qui fonctionne bien et d’infléchir progressivement la pédagogie. 

Je trouve qu’il y a un bon vivier d’élèves comédiens et comédiennes potentiels sur Orléans, et nous avons la volonté d’ouvrir les portes du conservatoire au plus grand nombre, en proposant des enseignements qui respectent le rythme et les envies de chacun. Le recrutement pour le Département Théâtre se fait chaque année au cours d’une ou plusieurs journées d’auditions, car il y a plus de demandes que de places disponibles. L’ambiance de ces journées, alternant travail individuel et collectif, est studieuse mais se veut conviviale. Le jury répartit les élèves sélectionnés en deux groupes : le Cycle découverte et le Cycle 1.

 

L’entrée dans le Cycle Découverte permet au plus grand nombre une pratique « loisir » d’un théâtre qui met les mots tout autant que le corps en jeu. L’enseignement proposé est transversal et assez varié. Les élèves suivent également des cours de chant et de dramaturgie, et sont encouragés à suivre un parcours du spectateur et à fréquenter les lieux culturels de la Métropole. D’une durée d’un an, ce cycle permet comme son nom l’indique de découvrir une partie de l’enseignement pratiqué au Conservatoire. 

En Cycle 1, l’emploi du temps est plus étoffé : aux enseignements de base s’ajoutent des week-ends de stages consacrés à la sensibilisation à des pratiques artistiques associées comme la danse, l’improvisation, le masque, etc. Que ce soit en Cycle Découverte ou en Cycle 1, les horaires  des cours sont pensés pour pouvoir être suivis en parallèle d’un autre cursus (Université ou Lycée, à partir de 15 ans). Pour les collégiens, deux classes en horaires aménagés existent également. 

 

En fin de Cycle 1, les élèves qui souhaitent poursuivre des études au conservatoire y sont invités sur avis de l’équipe pédagogique. A partir du moment où ils intègrent le Cycle 2, ils vont pouvoir prendre part pendant un ou deux ans à un programme plus complet, qui sera validé par un examen pour le passage en Cycle 3. D’une durée d’un ou deux ans, ce cycle est  assez exigent, et l’emploi du temps atteint facilement les 20 heures hebdomadaires. Même si beaucoup d’élèves en Cycle 3 ont déjà envie de faire du Théâtre leur métier, cette formation les accompagne dans une démarche d’amateurs « éclairés ». A ce titre, il est important de rappeler que les conservatoires ne sont pas des écoles à vocation professionnelle, mais des lieux culturels mis à disposition par les municipalités et ouverts au plus grand nombre dans une volonté d’égalité d’accès aux pratiques artistiques amateurs.

Je souscris complètement à une formule souvent utilisée par Jean-Michel Ribes, l’actuel directeur du Théâtre du Rond-Point à Paris, et qui dit que les Conservatoires devraient plutôt s’appeler des Innovatoires : à l’image galvaudée d’institutions qui ne feraient que conserver et transmettre des traditions poussiéreuses ou figées devrait selon lui se substituer celle d’endroits où expérimentation audacieuse et ébullition créatrice aident à façonner l’Art de demain.

 

Un projet de formation commune pour Orléans, Blois et Tours

Quels sont les projets futurs à court terme pour le conservatoire ?

Au Conservatoire d’Orléans, nous souhaitons proposer un cadre d’apprentissage privilégié pour le plus d’élèves possible dans les différents cycles, avec la possibilité de répéter dans des espaces variés et adaptés aux pratiques. Le lien étroit que nous nouons avec les équipements culturels de la Ville, de la Métropole et de la Région sont donc capitaux pour prolonger dans un cadre professionnel le travail initié dans les locaux du conservatoire en eux-mêmes. Nous avons par exemple des partenariats forts avec le Centre Dramatique et la Scène Nationale d’Orléans, ainsi qu’avec le Théâtre Olympia, à Tours

Actuellement, nous travaillons avec les Conservatoires de Blois et de Tours à la mise en place pour l’année prochaine d’un cycle supérieur commun. C’est un chantier passionnant pour lequel nous, les responsables des départements théâtre, travaillons main dans la main avec les directeurs des trois conservatoires. Ce Cycle Préparatoire à l’Enseignement Supérieur favorisera une dynamique régionale positive grâce à la mutualisation des enseignements et des locaux, préparera les élèves une pratique professionnelle qui par essence demande mobilité et ouverture d’esprit, et créera une identité artistique spécifique à ce cycle commun. 

Nous voulons également donner la possibilité aux élèves de collaborer avec des structures artistiques variées – pas seulement des théâtres ou des scènes culturelles – comme des musées ou des écoles d’art. A ce titre, nous avons la chance de voir de nouveaux projets de éclore, comme le partenariat avec le Musée des Beaux-Arts, qui vient cette année s’ajouter à celui, régulier, avec l’Ecole Supérieur des Arts Décoratifs d’Orléans. 

 

Je souhaite soutenir cette dynamique, l’amplifier en étant à l’écoute des propositions de partenariats, toujours dans un optique pédagogique et dans l’intérêt des élèves. Je considère  que ce sont eux qui « font » l’école. Notre responsabilité à nous, profs et encadrants, c’est d’être à leurs côtés pour les encourager à donner le meilleur d’eux-mêmes, les aider à gagner en autonomie créative et faire en sorte qu’ils aient un endroit de confiance dans lequel ils peuvent expérimenter comme ils le souhaitent. De temps en temps, on leur dit « allez cherche dans cette direction », « tourne-toi vers cette lecture-ci », « creuse ton sujet ». On essaye de les motiver constamment, parce-que les tentations de faire la fête sont toujours grandes, à Orléans comme ailleurs, alors on leur dit de se mettre au travail (rires) ! 

 Ici on rejoint la notion d’« innovatoire » dont vous parliez tout à l’heure ? 

Tout à fait. Les conservatoires peuvent parfois avoir la réputation de formater les élèves, alors que les personnes qui y enseignement sont au contraire dans une démarche d’ouverture et de grande attention à la diversité des langages artistique ! Il n’y a pas de vérité absolue ni de méthode toute faite, et les équipes pédagogiques s’adaptent continuellement pour proposer un suivi personnalisé à chaque élève qui est ainsi accompagné avec attention et bienveillance dans le développement de ses outils d’expression et l’appréhension de sa singularité artistique.  

Le conservatoire est un endroit au sein duquel on peut prendre le temps de réfléchir, en cheminant aux côtés d’autres élèves de disciplines variées et par le biais de la connaissance des Arts, aux différentes manières de prendre part à la vie culturelle de la Cité. Et par là-même, à quel citoyen on peut être. Que ce soit en tant que professionnel ou amateur, chacun a sa place dans le tissu culturel d’un territoire. 

Pour en revenir à votre question sur les projets pour le conservatoire, je souhaiterais pouvoir encourager une véritable transversalité des pratiques artistiques : il ne s’agit pas seulement de mettre en présence des musiciens, des comédiens et des danseurs pour qu’ils fabriquent des spectacles ensemble, tout en restant chacun dans leur « emploi ». Il me semble essentiel de favoriser les partenariats au long-cours entre les différentes filières pour permettre des temps  de partage des connaissances, d’apprentissage croisé puis d’invention commune. Chaque élève doit avoir la possibilité de prendre le temps d’être « déplacé » par la rencontre avec les autres pour concevoir des formes où chacun puisse expérimenter à son endroit la pratique du théâtre, du mouvement, de la musique, etc.

L’idée est d’aller vers un tronc d’enseignement commun qui va encourager la coopération entre toutes les disciplines. 

Je voudrais également mettre l’accent sur la découverte des textes contemporains, donner la possibilité aux élèves de travailler en compagnie d’auteurs vivants, tout en leur faisant découvrir des formes qui viennent du plateau, souvent écrites par des collectifs à partir d’improvisations ou de matériaux non-théâtraux. 

Donner plus de visibilité aux projets

 Un mot de la fin ?

Un conservatoire comme celui d’Orléans doit, et peut, rayonner davantage. Nous cherchons donc à améliorer la communication autour des activités des élèves pour donner plus de visibilité à leurs travaux auprès du public et des professionnels. Nous nous efforçons continuellement de choisir les intervenants parmi les plus compétents dans leurs domaines, reconnus tant au niveau régional que national, mais également au delà. Je travaille par exemple à la mise en place d’un partenariat avec une metteuse en scène anglaise géniale. Ce serait formidable qu’elle puisse concevoir et réaliser un des prochains spectacles réunissant les élèves du cycle commun aux conservatoires d’Orléans, Tours et Blois ! 

Malgré les conditions sanitaires, nous n’arrêtons pas avec les élèves de rêver artistiquement plus loin et plus grand. C’est un exercice d’équilibre compliqué au moment où toute la filière culturelle est fragilisée par la crise, mais devoir faire « plus avec moins » est paradoxalement une bonne préparation au parcours de vie d’un.e artiste, et rappelle en écho la réplique de Prospéro dans La Tempête de William Shakespeare : Nous sommes de l’étoffe dont les rêves sont faits, et notre vie infime est entourée de sommeil

 

Informations : 

4 Place Sainte Croix, Orléans

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